Extraits de l'ouvrage sur la ciléa

Après un prologue décrivant les enjeux et l'intérêt de la ciléa, dont les premières pages sont consultables sur le site de l'éditeur (voir le lien sur la page d'accueil), l'essentiel de l'ouvrage est consacré à l'initiation à la technique d'écriture. Les extraits ci-dessous sont tirés de cette partie.

Une troisème partie s'intéresse à l'application pratique de la technique ciléa sur le terrain des langues régionales.

 

Un mot d'introduction avant d'entamer le périple grammatical autour du monde

L’initiation à la calligraphie interlinguistique, ethnologique et analytique est organisée, dans cet ouvrage, en trois temps de chacun six étapes, ceci correspondant au rythme des cours que les étudiants auront à bord et des exercices pratiques qu’ils feront lors des escales. Chaque étape se termine par un exercice dans une langue à chaque fois différente. (...)

La lecture de la méthode qui suit, outre le plaisir du voyage qu’elle procure, ne peut tenir lieu, bien sûr, que d’initiation : on comprend le principe, et l’on goûte un peu, lors des exercices, au frisson de la lecture de langues inconnues.

Un entraînement est nécessaire pour acquérir dans toute son ampleur la technique d’écriture et de lecture, cela pouvant se faire pour les plus doués et les plus assidus en quelques mois. Les étudiants doivent considérer qu’ils vont reprendre l’école dans les plus petites classes et véritablement apprendre à écrire et à lire, non pas comme on le fait en France, en Chine ou dans un autre pays, mais comme on le fait dans tous les pays du monde à la fois. C’est un peu plus exigeant.

Le livre peut aussi se lire comme une histoire de voyage grammatical, mais ce n’est que si vous entrez dans la démarche personnelle d’apprentissage et d’exercice que vous quitterez la piste et sentirez l’effet d’apesanteur.

Les personnes connaissant l’API, le chinois ou le japonais, les linguistes, les musiciens et les personnes pratiquant les arts graphiques auront certainement plus de facilité au moins sur certains aspects, mais la technique ici présentée est destinée à tous, et la curiosité et l’envie de conquérir une discipline nouvelle sont des moteurs suffisants pour atteindre le but. (...)

Montons à bord de la caravelle Ciléa

La mer est calme, le petit groupe d’étudiants dont vous, cher lecteur, et quelques matelots rejoignent leur instructeur dans la salle de classe à bord de la Ciléa. Chacun prend place et reçoit un petit écriteau effaçable. Le tableau blanc, dans le coin de la pièce, affirme sa présence : il sera notre fidèle compagnon. Tout le monde est prêt à dessiner. (...)

Premier cours à bord de la Ciléa

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- En dehors du préfixe, que remarquez-vous quand vous lisez les noms écrits au tableau ?

- Il n’y a pas de point sur le i.

- En effet, ni sur le i, ni sur le j. En fait, en écriture traditionnelle, vous n’écrivez pas toujours le point, et en API non plus : il suffit que le i prenne un accent, et le point disparaît, comme dans le mot maïs ou dans nous fîmes. En ciléa, vous pourrez écrire le point si cela vous paraît plus confortable, mais il risque de provoquer des confusions. Remarquez-vous autre chose ?... Non ? La lettre « l » n’est pas une barre verticale comme en API. Elle se courbe et s’abaisse au niveau des autres lettres. Elle est déjà prête à prendre des accents sur le dos. Pareillement, plusieurs lettres hautes de l’API s’abaisseront comme fait le « l » : le « b », le « h », le « t ». De même, la lettre « y » aura une queue plus horizontale pour accueillir, au besoin, des accents souscrits. En effet, quand on écrit selon ce système, les accents sont très fréquents, ils peuvent être placés au-dessus ou au-dessous de la lettre, ou latéralement, et les lettres doivent avoir une forme adaptée à ce mode de vie. (...)

Visite chez nos voisins du Yucatan

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La lettre nom de femme s’appelle [iʃim]. Elle représente aussi quelques éléments déterminants que l’on trouve généralement sur l’idéogramme notant la femme. En entier, elle peut se présenter ainsi : (...). L’ornement d’oreille, dont la forme peut varier, et le signe lunaire en forme de volute. Pour la simplicité de l’écriture, un seul dessin est utilisé, ceci malgré la variabilité affirmée des glyphes originaux, due au fait que l’acte d’écriture n’est pas dissocié de la créativité graphique et ne cesse d’être en dialogue avec la profondeur mythologique, et culturelle à tous égards.

Nous apprendrons bientôt à dessiner ces petites trombines comme le font nos voisins transatlantiques, mais ne vous faites aucun souci si vous ne savez pas dessiner : eux non plus. Les scribes ont une singulière prédilection pour les crânes cabossés et les bouches boudeuses, mais rien ne vous empêche de remplacer cela par une belle mine souriante, la lecture n’en sera nullement altérée. En revanche, ils ont toujours le visage rivé vers la gauche, et personne ne s’est encore aventuré à les faire regarder à droite. (...)

Interrogations autour de la lettre A...

(...)

Jusqu’à présent, nos énoncés autres que les questions et les réponses commencent sans aucun signe de ponctuation. Nous vous proposons de les habiller, eux aussi, d’une ponctuation initiale. Dans la garde-robe, nous trouvons la première lettre du proto-sinaïtique : (...). Non non, vous ne vous trompez pas, c’est bien une tête de vache. Pour faire encore plus vrai, il est permis d’ajouter un œil et une oreille tout en restant fidèle à des variantes existantes. C’est l’ancêtre de notre lettre A. Une question dans la salle… Stéphane, on t’écoute :

- Elles sont où, les cornes, sur la lettre A ?

(...)

Quelques exercices

Surprenons nos étudiants en plein exercice d'articulation :

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Si vous n’êtes pas, l’un ou l’autre, un habitué des injectives, vous avez de quoi occuper quelques soirées pour vous entraîner. Une bonne technique consiste à passer par les éjectives, qui sont plus faciles à réaliser, et à se forcer à prononcer une sonore : vous serez bien obligé, à un moment, d’inverser la pression sur la glotte. Vous serez près du but lorsque le son que vous réaliserez aura quelque accointance avec celui de l’évier que l’on débouche à la ventouse. Là encore, vous ne manquerez pas de passer pour un extra-terrestre si, par malheur, un voisin vous surprend au plus fort de votre exercice. (...)

Réflexion sur le genre grammatical...

Dans les langues indo-européennes, le masculin et le neutre forment deux variantes d’une même classe, le second étant plus ou moins tourné vers les inanimés ; la classe masculin-neutre n’a pas véritablement de désinence spéciale, c’est une sorte de classe absolue ; et face à cet absolu, le féminin fait intervenir une désinence, si bien qu’on pourrait, pour commenter de manière assez schématique la dualité <masculin-neutre> - <féminin>, parler de classe absolue et de classe positive. L’afro-asiatique, famille à deux genres, fonctionne pareillement.

Certaines langues affichent la classe sur le mot. L’égyptien, qui fonctionne avec des masculins et des féminins, ou, comme nous venons de le voir, avec des absolus et des positifs, met un T à la fin de tous les mots féminins (positifs), et laisse les masculins (absolus) avec un radical nu ; si bien qu’en dehors des exceptions, les dictionnaires n’ont pas besoin de préciser le genre du mot. D’autres, comme le français, ne font pas apparaître la classe dans la forme du substantif. Pourtant, l’appartenance à une classe fait partie intégrante du nom. La matérialité du substantif, c’est son signifiant phonique + son appartenance à telle ou telle classe. (...)

Le lecteur s'exercera à tous les métiers ; ici la biologie :

De la difficile tâche de calligraphier les objets biologiques...

(...)

Vous allez devoir passer par un entraînement sérieux. Essayez d’écrire un ou deux noms par jour. Attention, ce qui est présenté ici ne vous permet d’écrire que le nom des grands groupes de la classification : les familles, par exemple. Si vous souhaitez désigner une espèce, vous devez vous contenter, pour le moment, d’écrire sa famille et d’indiquer avec un rond en exposant que vous pensez à une sorte particulière appartenant à cette famille.

Par exemple, si vous souhaitez écrire « un âne », vous écrirez « un équidé », ou bien « un mammifère », et si vous voulez écrire « une carotte », vous écrirez à la place « une ombellifère » ou encore « une plante à fleurs ».

Bien sûr, il est possible d’écrire l’espèce précise, mais nous n’en sommes pas encore là.

Leçon après leçon, toutes les disciplines sont passées en revue et soumises à l'art calligraphique

La linguistique est décidément un métier complet. Vous êtes devenus biologistes, chimistes, géographes, et vous allez maintenant entrer dans le secret de la fabrication de toutes sortes de produits et objets manufacturés. La pharmacopée, les productions alimentaires, les matériaux, le travail des fibres, en fait presque toutes les activités de l’humanité vont compter parmi vos talents. Il le faut bien, puisque, sous votre plume, tout devient transparent.

En dehors de la chimie et des extractions minières, presque toutes les productions proviennent de matériaux vivants. Tout repose sur des objets biologiques. C’est pourquoi il est fondamental que vous maîtrisiez la notation ciléa des notions de la biologie, comme nous l’avons étudié au cours de deux chapitres. Le chapitre qui commence constitue le troisième étage de la notation biologique, celui qui consiste :
- à identifier un produit issu de la biologie ;
- et, par retour d’expérience, à identifier un animal ou une plante grâce aux usages habituels que l’on en fait.

Nous allons donc insérer une description vernaculaire entre d’une part la partie sonore et grammaticale, et d’autre part la dénomination scientifique de l’être biologique considéré ou à l’origine du produit. Cela constituera une chaîne appelée chaîne vernaculaire.

Date de dernière mise à jour : 16/07/2019

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